Caroline a toujours voulu être mère, mais ce rêve ne s’est réalisé que tardivement…

Maman à 43 ans suite à un double don de gamètes, elle nous raconte son long parcours de PMA en France et en Espagne, et comment elle a fait le deuil de son capital génétique pour enfin devenir mère.

Un sperme de mauvaise qualité à 30 ans

J’ai 36 ans et mon compagnon en a 28 quand nous commençons les essais bébé. Nous pensons logiquement que les choses vont se faire spontanément.

Mais après deux années infructueuses, nous faisons un bilan de fertilité et le couperet tombe : Vincent souffre d’une cryptozoospermie avec une asthénospermie (mauvaise qualité de sperme) à 30 ans.

De mon côté, tout est normal, ma réserve ovarienne est bonne, tous les espoirs sont donc permis. Du moins, c’est ce qu’on me laisse croire… En effet, à ce stade, personne n’évoque la possibilité de procéder à un don de sperme, malgré le très mauvais spermogramme de Vincent.

Un parcours de PMA long et infructueux en France

J’enchaine 4 FIV ICSI (injection de la paillette de sperme directement dans l’ovule), avec 4 transferts de 2 embryons chaque fois, en France, entre 38 et 40 ans. Mais rien ne marche, pas de grossesse.

Petit à petit, je prends conscience que je suis mal accompagnée, de ne pas être tombée sur les bonnes personnes.

Les Docteurs ne sont pas à l’écoute et indisponibles. Les sages femmes qui font les prescriptions au téléphone sont toujours dans un stress abominable et le transmettent aux patientes. A la 3ème FIV, le Docteur me fait un transfert le portable collé à l’oreille… Et il y a aussi cette erreur de prescription qui met en échec ma 4ème FIV où il n’y aura même pas de transfert.

Sur le plan psychologique, c’est très dur. Les traitements sont lourds et impactent sévèrement mon moral. Au travail, je suis épuisée, car j’essaie d’assurer sur tous les fronts. Je n’en peux plus et à 40 ans, je décide de faire une pause dans ce parcours éprouvant et hyper-médicalisé.

Avec mon mari nous obtenons notre agrément pour l’adoption d’un enfant.

Heureusement pendant toute cette période notre couple est resté fort et soudé.

Du temps perdu

J’ai compris qu’il y a une réelle inégalité de compétence d’un centre de PMA à l’autre et que malheureusement, nous avons sûrement perdu un temps précieux avec le 1er centre qui nous a suivi.

Nous recherchons donc un autre centre plus compétent pour nous prendre en charge. Mais nous nous heurtons à un nouveau problème : les centres compétents sélectionnent leur patients !

Un grand hôpital parisien rejette notre dossier « il faut arrêter les FIV Madame, vous mettez votre santé en danger  », me dit-on sans détours. La raison cachée semble surtout être que ces centres ne veulent pas faire baisser leur statistiques de réussites en traitant des cas trop compliqués, suite à la parution d’une étude nationale qui les répertorie et les classifie.

Heureusement, une clinique bien classée dans notre région accepte de nous suivre. Nous rencontrons un Docteur qui nous redonne espoir.

A 41 ans, pour la 1ère fois je vais tomber enceinte. Malheureusement cette grossesse se soldera par une fausse couche à 3 mois (maladie génétique sur l’embryon).

Tout cela est très dur car nous avions commencé à y croire, mais ce qui est positif comme nous l’explique le Docteur, c’est que je suis tombée enceinte, qu’il n’y a aucun problème de mon côté, si ce n’est l’âge qui fait qu’il y a plus de risque de fausse couche. Même si je n’ai aucun problème d’infertilité « à plus de 40 ans les ovocytes d’une femme ont moins la capacité à rectifier les problèmes ». Dans le protocole actuel, nous avons environ 5% de chance de réussite…

Il nous dit de ne pas renoncer. Nous évoquons alors le don d’ovocytes, mais en France je n’ai aucune chance de pouvoir en bénéficier, car il y a très peu de dons, et les jeunes femmes sont prioritaires. Alors pourquoi pas l’étranger ? Il nous indique le nom d’un médecin Français et d’un centre en Espagne.

Mon double don en Espagne

Je me lance et je contacte IVI à Valencia. Tout de suite on m’accueille en français. Les échanges sont faciles.

Nous nous rendons une première fois sur place pour rencontrer le médecin.Puis nous enchaînons deux nouvelles tentatives, cette fois avec don d’ovocyte et le sperme de mon mari, mais qui se soldent par 2 fausses couches.

Ça fait 3 fausses couches en 1 an, j’accuse le coup, et en janvier je fais un burn-out. J’arrête le travail, je commence à consulter des psy, j’essaie les médecines chinoises, je cherche à comprendre ! Pourquoi ça ne marche pas ? Est-ce de ma faute ? Je suis épuisée.

Tout ce temps passé et tous ces embryons fabriqués et transférés sans réussite, une idée me revient en boucle : il y a forcément un problème avec le sperme de mon mari que la médecine ne maîtrise pas ! Et si tout simplement on m’avait proposé une simple insémination avec don de sperme au départ ? Hélas, on ne refera pas l’histoire…

Mais pour la première fois un Docteur, le Docteur de IVI évoque cette possibilité, la part d’inconnu que la médecine ne maîtrise pas encore. Alors elle nous préconise le double don, avec 80% de chance de réussite !

Faire le deuil de notre patrimoine génétique pour nous n’est pas difficile. Nous étions déjà rentrés dans un processus d’adoption. Et je ne sais pas pourquoi, mais depuis toute petite, je m’étais toujours dit que j’adopterais un enfant si je n’arrivais pas à en avoir.

En revanche, nous nous questionnons beaucoup sur l’impact d’un double don pour notre enfant. Peut-on lui faire ça ? Les donneurs sont anonymes en Espagne et s’il veut chercher ses origines ce sera compliqué… Nous consultons une psy avant de prendre notre décision. Elle nous aide à nous sentir légitimes en tant que parents et elle et le Docteur me rappellent que porter un enfant n’est pas anodin : il y a de multiples interactions entre le placenta et l’embryon. Cet enfant sera le nôtre, sans aucun doute.

Je suis enceinte ! Ma grossesse est difficile et tout au long je garde une petite alerte en moi qui me dit qu’il peut y avoir un problème, mais le bonheur immense d’attendre enfin mon enfant l’emporte sur le reste.

J’accouche par césarienne.

Une maternité tardive tellement désirée

Aujourd’hui je suis maman d’un petit garçon de 2 ans. J’ai adoré devenir mère, j’étais totalement prête, j’avais attendu ce moment si longtemps… Cet enfant est ma priorité absolue.

Mais je ne compte pas m’arrêter là, malgré mes 46 ans.

J’ai envie de donner un petit frère ou une petite sœur à mon fils. Je ne veux pas qu’il soit enfant unique. Je ne sais pas combien de temps je pourrais l’accompagner dans la vie, il est essentiel qu’il ne soit pas seul quand nous aurons disparus Vincent et moi.

Nous sommes donc repartis chez IVI avec mon compagnon. Nous avons fait une première tentative avec les embryons congelés lors de la précédente FIV. Il y a eu un premier échec mais nous espérons que la prochaine fois sera la bonne.

Après tout ce que nous avons vécu, ce serait dommage de­­­ baisser les bras.

Si vous avez aimé cet article, vous aimerez sans doute le podcast de Jennifer Rayward, au sujet du don d’ovocytes.

  •  
  •  
  •